La
plupart des barrières de péage atterrissent sur
les autoroutes sans aucun lien avec le contexte naturel, sans
identité culturelle
précisée donc complètement interchangeables
avec n'importe quel autre pays de la planète. Ces types
de constructions sont uniquement des objets rationnels high tech.
Pourtant rien n’empêche qu’elles soient de véritables
portes pour une région.
Les touristes traversant une contrée par autoroute ne vont
pas apercevoir beaucoup d'architecture, aussi le seul élément
vraiment très concret qu'ils vont pouvoir approcher à
faible vitesse est la barrière de péage. De ce fait,
les pouvoirs régionaux considèrent que si l'on veut
avoir une image même fugitive de leur paysage construit,
il faut investir dans un travail de qualité."
L’environnement
rural du pays de Caux est marqué par des paysages plats.
Les vastes champs agricoles sont ponctués de fermes entourées
d’un double ou quadruple carré d’arbres.
Ces alignements d’arbres à hautes tiges tels hêtres
ou ormes sont implantés au-dessus d’un talus faisant
office de coupe-vent. Ils délimitent dans le paysage agraire
un espace fermé, majestueux et calme.
L’environnement
de la barrière de péage va s’inspirer largement
de toutes les composantes de ce paysage.
La
forme arborescente de l’auvent viendra compléter
le double alignement d’arbres et fermer la perspective.
Cette implantation prolongera le bâtiment dans son environnement,
lui conférant ainsi une dimension maximum.
La
charpente est coiffée par une ondulation verte constituées
par un vaste tapis de graminées diverses. Sous l’effet
du vent, celui-ci change de couleur en vagues successives, et
ces tonalités s’adaptent à chaque saison.
L’alignement
d’arbres n’est pas la seule composante marquante de
cette contrée : les falaises de craie blanche, en couches
alternées avec les silex noirs, constituent une autre caractéristique
puissante du pays de Caux.
Ce
haut mur d’une centaine de mètres se dresse face
à l’océan et s’étend à
perte de vue : à ses pieds, une plage de gros galets et
à son sommet, une ondulation verte forme le toit de l’édifice
et le début de la campagne.
La
puissance de cette architecture naturelle a largement inspiré
les bâtisseurs des maisons vernaculaires cauchoises. Bon
nombre des fermes traditionnelles sont en effet construites sur
un principe de strates horizontales constituées de larges
pans en pierres calcaires, zébrés de bandes plus
minces en briques de terre cuite.
Les
matériaux utilisés pour les bâtiments autour
de la barrière de péage s’inspireront de la
même typologie. Au pied des murs, on trouvera un lit de
gros silex gris et les murs eux-mêmes seront constitués
de pierres de calcaire blanches alternées de briques de
terre cuite. La toiture gauche sera formée par un ensemble
de bacs en béton auto-portants couverts de végétation.
La
construction la plus traditionnelle et la plus caractéristique
de la région reste la maison ou la grange à colombage
ou pans de bois, procédé de construction en nervure
qui tire son origine du Moyen-Age.
Sa
charpente est faite de chêne massif, ses murs sont d’une
même structure, refermés par du plâtre ou de
la bauge, mélange de paille et d’argile.
Si
cette charpente n’est plus un modèle actuel, il reste
toutefois possible de s’inspirer du matériau utilisé
et de certaines des formes générées par ce
type de structure.
La
charpente aux formes arborescentes est prévue en bois lamellé-collé,
assemblé sur des plaques métalliques goujonnées.
Ce type de structure constitue une technique de charpenterie contemporaine
fiable et bon marché.
Et son traitement à l’autoclave donnera une excellente
garantie de résistance dans le temps et permettra une bonne
intégration dans le paysage normand.