L’archiborescence
: nom nouveau issu de la contraction d’architecture et
d’arborescence.
Il est utilisé ici pour nommer l’architecture qui utilise
principalement pour matériaux de construction toutes formes
d’organismes vivants.
Nous sommes
dans un énorme TGV qui fonce à toute allure dans
la nuit noire. Par le pare-brise avant, la visibilité est
quasiment nulle, par contre de grands rétroviseurs nous
restituent avec beaucoup de fidélité, les images
des régions traversées précédemment.
Le TGV prend de plus en plus de vitesse et en même temps,
il s’agrandit et s’élargit ; par les fenêtres
latérales, on peut apercevoir les dégâts qu’il
cause dans l’environnement jusqu’à perte de
vue.
Dans le poste de pilotage, il n’y a personne aux commandes.
Juste derrière, dans le wagon restaurant, des chefs d’entreprises,
des hommes politiques et autres planificateurs de notre futur
devisent tranquillement de la faible portion de paysage éclairé
par les phares avants du TGV.
A l’intérieur du train, les passagers voient défiler
une multitude d’aiguillages de part et d’autre des
wagons, mais aucun n’est jamais pris car, à cette
vitesse et visibilité, il n’est pas possible d’actionner
un aiguillage à temps.
Sur le toit des wagons, des bulles vitrées sont destinées
à des équipes d’observateurs. Ils scrutent
l’horizon droit devant eux. Ils sont unanimes : la direction
n’est pas la bonne, le train court à la catastrophe.
Dans une indifférence presque générale, ces
prévisions alarmistes ne sont que peu écoutées.
Mon propos
va être de donner un coup de projecteur sur un aiguillage
menant à une voie radicale jusqu’ici peu montrée.
Cette version très orientée de notre futur est une
pure utopie, tout comme les autres bifurcations. Par utopie, il
faut entendre un autre développement de nos connaissances
susceptible de nous donner accès à des techniques
aujourd’hui hors de notre portée, tout comme nous
considérions un voyage interplanétaire en 1950.
Parmi toutes
les disciplines et leurs multiples interactions impliquées
dans une projection futuriste, l’architecture, l’urbanisme,
les moyens de locomotion sont certainement ceux qui peuvent le
mieux, par le dessin, évoquer une part de cet imaginaire.
Les architectes et les urbanistes portent aussi une lourde responsabilité
dans les orientations du développement de ce monde, par
leur soucis d’être toujours en parfaite adéquation
avec la demande d’un public sans véritables préoccupations
à longue échéance et sans remise en question
fondamentale des bases même du processus de bâtir.
L’architecture
de toute époque s’est développée dans
un processus de réflexion diamétralement opposé
à tout organisme vivant.
Construire, c’est avant tout détruire, sur une portion
de nature, toutes traces de vie, pour y déposer dans un
ordre géométrique précis des matériaux
morts.
Le rôle primordial de l’architecte est donc de combiner
savamment les différentes matières inertes qu’il
aura choisies de juxtaposer.
Les arbres abattus ne seront utilisés que s’ils ont
été réduits au préalable à
l’état de parallélépipède rectangle
et traités chimiquement contre toute possibilité
de perpétuer leur cycle de vie.
Les matériaux naturels tels que la terre, le sable, la
chaux seront cuits à très haute température
pour les mêmes raisons et deviendront briques, verre, béton
inerte.
Les pierres seront parfaitement calibrées, les minerais
seront extraits des profondeurs puis fondus, raffinés dans
des hauts fourneaux.
L’effort colossal de toute une société sera
mis à contribution pour développer un mode de construction
nécessitant une économie industrielle.
Pour permettre une telle organisation, un pouvoir hégémonique,
centralisé est une nécessité et la mondialisation
est son ultime développement. Tout le reste en découle
: l’aliénation de l’homme par l’homme,
l ‘épuisement de nos richesses naturelles, la pollution
de la planète,…
N’avons-nous
pas trop vite oublié que nous sommes avant tout des êtres
biologiques installés sur une planète elle-même
vivante ?
Pour retrouver nos repères, il nous faudrait en premier
lieu réaménager un environnement de proximité
conçu lui aussi comme un organisme vivant, sorte d’étape
intermédiaire entre la planète et nous.
Mais pour ce faire, nous devons encore trouver de nouvelles matières
premières dépouillées le plus possible des
artifices de l’industrialisation car le tribu à payer
pour ce type de développement conduit inexorablement à
l’appauvrissement de la terre.
Le développement
de cités archiborescentes aurait de grandes répercussions
sur la qualité de notre environnement par la suppression
de toute pollution, mais de plus nous bénéficierions
d’un puissant moyen de régénérer notre
atmosphère en piteux état.
L’augmentation de la production d’arbres aurait pour
premier effet de lutter efficacement contre l’accroissement
de l’effet de serre, qui est dû principalement à
l’augmentation du taux de CO² dans l’atmosphère.
Au cours de leur croissance, les arbres absorbent du CO²
pour fabriquer la cellulose et la lignine qui les constituent.
Ils assimilent et fixent le carbone et libèrent de l’oxygène
dans l’atmosphère grâce à la fonction
chlorophyllienne.
Pour arriver
à maîtriser l’ensemble des techniques nécessaires
à la réalisation d’une cité archiborescente,
il est nécessaire de développer de nouvelles connaissances
en biotechnologie ; connaissances non encore approfondies par
manque d’intérêt de la part des décideurs.
Il nous faudrait pouvoir maîtriser parfaitement le développement
d’un arbre afin d’obtenir la structure précise
désirée et arriver ainsi à une véritable
planification du chantier archiborescent.
Les parois extérieures qui formeront les façades
des habitarbres pourraient être constituées de films
translucides réalisés à partir de bio-textiles
souples et résistants, prenant exemple sur l’araignée
qui fabrique à partir de substances simples, prises dans
son environnement, une toile dont chacun des filins est capable
de résister à des tractions extrêmes, soit
plus de 10 fois supérieures à nos meilleurs aciers
à section égale.
Les dalles
de sol et les parois intérieures pourraient être
réalisées dans des techniques déjà
connues de terre stabilisée au moyen de chaux et armées
de différentes structures végétales.
Chacune de ces habitations bien isolées, convenablement
orientées, pourrait être chauffée par les
apports solaires passifs et la présence des êtres
humains à l’intérieur.
Pour les besoins en eau de la cité, une gestion écologique
saine des techniques déjà existantes à l’heure
actuelle devrait pouvoir suffire à l’irrigation des
arbres, des plantes et des besoins ménagers.
Les besoins énergétiques de la cité seraient
ainsi réduits dans une proportion énorme et l’utilisation
des énergies renouvelables telles que le soleil, le vent,
la géothermie, la force marée motrice,… peut
être envisagée, avec l’emploi minimum de produits
issus de l’industrie légère.