L'Archiborescence

ARCHIBORESCENCE

     
LE CONCEPT
     
EVOLUTION URBAINE
 

d'où venons-nous?
où sommes-nous?
où allons nous?

 
 
CITES ARCHIBORESCENTES
  Utopies urbaines  
 
LES JARDINS VERTICAUX
  Projets et réalisations  
 

LES MAISONS BIOSOLAIRES

  Projets et réalisations  
 
L'AUTEUR : LUC SCHUITEN
 
CONTACT
 

ARCHIBORESCENCE

LE CONCEPT
 
 
       
 
L’archiborescence : nom nouveau issu de la contraction d’architecture et d’arborescence.
Il est utilisé ici pour nommer l’architecture qui utilise principalement pour matériaux de construction toutes formes d’organismes vivants.

Nous sommes dans un énorme TGV qui fonce à toute allure dans la nuit noire. Par le pare-brise avant, la visibilité est quasiment nulle, par contre de grands rétroviseurs nous restituent avec beaucoup de fidélité, les images des régions traversées précédemment. Le TGV prend de plus en plus de vitesse et en même temps, il s’agrandit et s’élargit ; par les fenêtres latérales, on peut apercevoir les dégâts qu’il cause dans l’environnement jusqu’à perte de vue.
Dans le poste de pilotage, il n’y a personne aux commandes. Juste derrière, dans le wagon restaurant, des chefs d’entreprises, des hommes politiques et autres planificateurs de notre futur devisent tranquillement de la faible portion de paysage éclairé par les phares avants du TGV.
A l’intérieur du train, les passagers voient défiler une multitude d’aiguillages de part et d’autre des wagons, mais aucun n’est jamais pris car, à cette vitesse et visibilité, il n’est pas possible d’actionner un aiguillage à temps.
Sur le toit des wagons, des bulles vitrées sont destinées à des équipes d’observateurs. Ils scrutent l’horizon droit devant eux. Ils sont unanimes : la direction n’est pas la bonne, le train court à la catastrophe.
Dans une indifférence presque générale, ces prévisions alarmistes ne sont que peu écoutées.

Mon propos va être de donner un coup de projecteur sur un aiguillage menant à une voie radicale jusqu’ici peu montrée. Cette version très orientée de notre futur est une pure utopie, tout comme les autres bifurcations. Par utopie, il faut entendre un autre développement de nos connaissances susceptible de nous donner accès à des techniques aujourd’hui hors de notre portée, tout comme nous considérions un voyage interplanétaire en 1950.

Parmi toutes les disciplines et leurs multiples interactions impliquées dans une projection futuriste, l’architecture, l’urbanisme, les moyens de locomotion sont certainement ceux qui peuvent le mieux, par le dessin, évoquer une part de cet imaginaire.
Les architectes et les urbanistes portent aussi une lourde responsabilité dans les orientations du développement de ce monde, par leur soucis d’être toujours en parfaite adéquation avec la demande d’un public sans véritables préoccupations à longue échéance et sans remise en question fondamentale des bases même du processus de bâtir.

L’architecture de toute époque s’est développée dans un processus de réflexion diamétralement opposé à tout organisme vivant.
Construire, c’est avant tout détruire, sur une portion de nature, toutes traces de vie, pour y déposer dans un ordre géométrique précis des matériaux morts.
Le rôle primordial de l’architecte est donc de combiner savamment les différentes matières inertes qu’il aura choisies de juxtaposer.
Les arbres abattus ne seront utilisés que s’ils ont été réduits au préalable à l’état de parallélépipède rectangle et traités chimiquement contre toute possibilité de perpétuer leur cycle de vie.
Les matériaux naturels tels que la terre, le sable, la chaux seront cuits à très haute température pour les mêmes raisons et deviendront briques, verre, béton inerte.
Les pierres seront parfaitement calibrées, les minerais seront extraits des profondeurs puis fondus, raffinés dans des hauts fourneaux.
L’effort colossal de toute une société sera mis à contribution pour développer un mode de construction nécessitant une économie industrielle.
Pour permettre une telle organisation, un pouvoir hégémonique, centralisé est une nécessité et la mondialisation est son ultime développement. Tout le reste en découle : l’aliénation de l’homme par l’homme, l ‘épuisement de nos richesses naturelles, la pollution de la planète,…

N’avons-nous pas trop vite oublié que nous sommes avant tout des êtres biologiques installés sur une planète elle-même vivante ?
Pour retrouver nos repères, il nous faudrait en premier lieu réaménager un environnement de proximité conçu lui aussi comme un organisme vivant, sorte d’étape intermédiaire entre la planète et nous.
Mais pour ce faire, nous devons encore trouver de nouvelles matières premières dépouillées le plus possible des artifices de l’industrialisation car le tribu à payer pour ce type de développement conduit inexorablement à l’appauvrissement de la terre.

Le développement de cités archiborescentes aurait de grandes répercussions sur la qualité de notre environnement par la suppression de toute pollution, mais de plus nous bénéficierions d’un puissant moyen de régénérer notre atmosphère en piteux état.
L’augmentation de la production d’arbres aurait pour premier effet de lutter efficacement contre l’accroissement de l’effet de serre, qui est dû principalement à l’augmentation du taux de CO² dans l’atmosphère. Au cours de leur croissance, les arbres absorbent du CO² pour fabriquer la cellulose et la lignine qui les constituent. Ils assimilent et fixent le carbone et libèrent de l’oxygène dans l’atmosphère grâce à la fonction chlorophyllienne.

Pour arriver à maîtriser l’ensemble des techniques nécessaires à la réalisation d’une cité archiborescente, il est nécessaire de développer de nouvelles connaissances en biotechnologie ; connaissances non encore approfondies par manque d’intérêt de la part des décideurs.
Il nous faudrait pouvoir maîtriser parfaitement le développement d’un arbre afin d’obtenir la structure précise désirée et arriver ainsi à une véritable planification du chantier archiborescent.
Les parois extérieures qui formeront les façades des habitarbres pourraient être constituées de films translucides réalisés à partir de bio-textiles souples et résistants, prenant exemple sur l’araignée qui fabrique à partir de substances simples, prises dans son environnement, une toile dont chacun des filins est capable de résister à des tractions extrêmes, soit plus de 10 fois supérieures à nos meilleurs aciers à section égale.

Les dalles de sol et les parois intérieures pourraient être réalisées dans des techniques déjà connues de terre stabilisée au moyen de chaux et armées de différentes structures végétales.
Chacune de ces habitations bien isolées, convenablement orientées, pourrait être chauffée par les apports solaires passifs et la présence des êtres humains à l’intérieur.
Pour les besoins en eau de la cité, une gestion écologique saine des techniques déjà existantes à l’heure actuelle devrait pouvoir suffire à l’irrigation des arbres, des plantes et des besoins ménagers.
Les besoins énergétiques de la cité seraient ainsi réduits dans une proportion énorme et l’utilisation des énergies renouvelables telles que le soleil, le vent, la géothermie, la force marée motrice,… peut être envisagée, avec l’emploi minimum de produits issus de l’industrie légère.