L'Archiborescence

ARCHIBORESCENCE

     
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L'AUTEUR : LUC SCHUITEN
 
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LES CITES ARCHIBORESCENTES

LES HABITARBRES
   
   
 

Ce modèle d’habitation créé à partir d’arbres trouve son origine dans un lointain et mythique paradis terrestre.
Dans cet univers idyllique, seul un habitat résultant directement d'une forme organique peut être imaginé avec crédibilité. L'homme peut alors trouver refuge dans environnement qu'il n'a pas construit mais qui a poussé naturellement, pour former les limites de son habitat et lui garantir la protection et le confort nécessaires à l'établissement d'une famille.
Cette vision de l'origine de notre société est commune à toutes les religions, c'est dire l’importance de son empreinte dans notre inconscient collectif.
En établissant un futur bâti sur la description de nos origines mythologiques, nous bouclons la boucle. Par cette nouvelle utopie, nous rejoignons les dernières découvertes des astro-physiciens d’un univers courbe, nous ramenant finalement à notre point de départ.

Est-ce à la recherche de ce paradis perdu que les enfants vont partir en s’éloignant de la maison familiale pour construire dans un environnement proche, leur première cabane dans les arbres?
Ce passage pratiquement obligé dans la vie des enfants est à ce point présent partout dans le monde que cette pulsion doit être comprise comme une quête fondamentale de I'homme. Il nous faut imaginer la satisfaction que peut ressentir l'enfant qui a réussi à installer, dans un arbre, la plate-forme et les quelques branches qui vont lui servir à établir le premier espace dont il va maîtriser complètement la destinée. A travers ce perchoir, disposé entre ciel et terre, son regard va lui permettre d'apercevoir de haut la maison familiale et le restant du monde.
Ce sentiment de plénitude sera renforcé par la magie de la découverte de nouvelles fenêtres regardant vers le ciel, au travers la croisée des branches, et légèrement voilées par le feuillage.
Une grande quantité de poètes et de philosophes l’ont proclamé : la réalisation des rêves de l’enfance est indispensable à l’épanouissement de l’individu.

Ce tout premier modèle d’habitation idéalisé et mythique se verra progressivement remplacé dans l’imaginaire de l’enfant grandissant, par une vision plus pragmatique des choses qui le conduiront à opter pour d’autres modèles puisés dans son environnement culturel.
Il n’a pas le choix : parmi toutes les possibilités de décliner l’habitation, il n’existe aucun modèle constitué d’un assemblage d’organismes vivants capable de lui offrir un minimum de bien-être.
C’est à partir de la constatation de cette carence que je cherche depuis plus de 25 ans à imaginer et même à réaliser des habitations issues directement du modèle arborescent.

Ces projets d’habitarbres sont destinés à explorer les multiples possibilités de ce concept et à voir quelles techniques sont nécessaires pour obtenir une véritable auto-climatisation par l’emploi exclusif des énergies bioclimatiques environnantes.
Ces premiers projets souffraient d’un gros défaut : il était nécessaire de tuer l’arbre pour l’empêcher, par sa croissance, de détruire l’équilibre de la structure.

Les études suivantes seront imaginées à partir d’arbres à maturité et gardés vivants.
Le feuillage, par ses transformations saisonnières, joue un rôle de climatisation naturelle de l’intérieur de l’habitat. Sous le feuillage, une peau transparente et isolante, constituée
d’un bio-textile proche du cocon des insectes, préserve un climat tempéré. L’énergie solaire qui traverse cette membrane est stockée dans le sol autour du tronc d’arbre dans une importante masse thermique faite de terre stabilisée.

Les habitants d’une cité d’habitarbres, les arborigènes, se développent en symbiose avec un environnement forestier des plus naturel. Cela provoquera nécessairement une remise en question complète du mode de vie que nous connaissons actuellement.
L’utopie radicale d’une recherche aussi extrême nous conduit par souci de cohérence à imaginer que les bouleversements d’une partie aussi importante d’un système existant modifient nécessairement tout le reste.