Ce
modèle d’habitation créé à partir
d’arbres trouve son origine dans un lointain et mythique
paradis terrestre.
Dans cet univers idyllique, seul un habitat résultant directement
d'une forme organique peut être imaginé avec crédibilité.
L'homme peut alors trouver refuge dans environnement qu'il n'a
pas construit mais qui a poussé naturellement, pour former
les limites de son habitat et lui garantir la protection et le
confort nécessaires à l'établissement d'une
famille.
Cette vision de l'origine de notre société est commune
à toutes les religions, c'est dire l’importance de
son empreinte dans notre inconscient collectif.
En établissant un futur bâti sur la description de
nos origines mythologiques, nous bouclons la boucle. Par cette
nouvelle utopie, nous rejoignons les dernières découvertes
des astro-physiciens d’un univers courbe, nous ramenant
finalement à notre point de départ.
Est-ce à
la recherche de ce paradis perdu que les enfants vont partir en
s’éloignant de la maison familiale pour construire
dans un environnement proche, leur première cabane dans
les arbres?
Ce passage pratiquement obligé dans la vie des enfants
est à ce point présent partout dans le monde que
cette pulsion doit être comprise comme une quête fondamentale
de I'homme. Il nous faut imaginer la satisfaction que peut ressentir
l'enfant qui a réussi à installer, dans un arbre,
la plate-forme et les quelques branches qui vont lui servir à
établir le premier espace dont il va maîtriser complètement
la destinée. A travers ce perchoir, disposé entre
ciel et terre, son regard va lui permettre d'apercevoir de haut
la maison familiale et le restant du monde.
Ce sentiment de plénitude sera renforcé par la magie
de la découverte de nouvelles fenêtres regardant
vers le ciel, au travers la croisée des branches, et légèrement
voilées par le feuillage.
Une grande quantité de poètes et de philosophes
l’ont proclamé : la réalisation des rêves
de l’enfance est indispensable à l’épanouissement
de l’individu.
Ce tout premier
modèle d’habitation idéalisé et mythique
se verra progressivement remplacé dans l’imaginaire
de l’enfant grandissant, par une vision plus pragmatique
des choses qui le conduiront à opter pour d’autres
modèles puisés dans son environnement culturel.
Il n’a pas le choix : parmi toutes les possibilités
de décliner l’habitation, il n’existe aucun
modèle constitué d’un assemblage d’organismes
vivants capable de lui offrir un minimum de bien-être.
C’est à partir de la constatation de cette carence
que je cherche depuis plus de 25 ans à imaginer et même
à réaliser des habitations issues directement du
modèle arborescent.
Ces projets
d’habitarbres sont destinés à explorer les
multiples possibilités de ce concept et à voir quelles
techniques sont nécessaires pour obtenir une véritable
auto-climatisation par l’emploi exclusif des énergies
bioclimatiques environnantes.
Ces premiers projets souffraient d’un gros défaut
: il était nécessaire de tuer l’arbre pour
l’empêcher, par sa croissance, de détruire
l’équilibre de la structure.
Les études
suivantes seront imaginées à partir d’arbres
à maturité et gardés vivants.
Le feuillage, par ses transformations saisonnières, joue
un rôle de climatisation naturelle de l’intérieur
de l’habitat. Sous le feuillage, une peau transparente et
isolante, constituée
d’un bio-textile proche du cocon des insectes, préserve
un climat tempéré. L’énergie solaire
qui traverse cette membrane est stockée dans le sol autour
du tronc d’arbre dans une importante masse thermique faite
de terre stabilisée.
Les habitants
d’une cité d’habitarbres, les arborigènes,
se développent en symbiose avec un environnement forestier
des plus naturel. Cela provoquera nécessairement une remise
en question complète du mode de vie que nous connaissons
actuellement.
L’utopie radicale d’une recherche aussi extrême
nous conduit par souci de cohérence à imaginer que
les bouleversements d’une partie aussi importante d’un
système existant modifient nécessairement tout le
reste.