
D’où
venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?
C’est par cette triple interrogation que Paul Gauguin a
intitulé une de ses œuvres, considérée
comme son testament spirituel.
Etait-ce pour pouvoir répondre définitivement à
cette question philosophique que le peintre a tenté, sans
succès, de se suicider, une fois son tableau achevé
?
Ces questions existentielles et fondamentales se posent à
nous de façon récurrente et avec une inquiétude
proportionnelle à l’augmentation de la dégradation
de notre environnement naturel et social.
Les hommes politiques, qui président à notre destinée
par le choix des orientations futures de la société,
ont une vue dont la portée ne dépasse que très
rarement les échéances électorales. Ainsi,
de courtes vues en brèves échéances, nous
avançons sans jamais remettre en question fondamentalement
cette société industrielle dégradante pour
l’homme et destructrice pour la planète avec son
lot d’injustices et de misères sociales.
Afin de garder les quelques avantages de confort que nous apporte
celle-ci, nous préférons ignorer qu’il existe
d’autres formes de développement orientées
vers des modèles copiés sur des systèmes
pris dans la nature.
Pendant plusieurs milliard d’années, la planète
terre n’a jamais cessé de se modifier, se complexifier,
créant de toute pièce des organismes de plus en
plus sophistiqués. Depuis l’avènement de l’âge
industriel, il y a près de deux siècles, nous avons
réussi à éliminer de la planète 10%
des espèces animales existant précédemment,
à mettre en péril autant d’autres par la destruction
de leur environnement, et à perturber durablement l’atmosphère
et le climat de la terre, menaçant ainsi la vie de millions
d’habitants.
La direction que nous avons prise ne serait donc pas la plus profitable
pour l’humanité. Faire marche arrière et retourner
à un âge pré-industriel et faire table rase
de tous nos acquis technologiques est évidemment inconcevable.
Il nous faut donc envisager de nouvelles sciences alliant la biologie
au développement durable, qui, progressivement, viendraient
concurrencer les technologies classiques, puis, à plus
long terme, les supplanter définitivement.
Dès aujourd’hui nous pouvons observer des changements
de comportement annonciateurs d’un bouleversement plus important
tel que l’émergence du concept de développement
durable. Cette façon de redéfinir le bilan réel
de notre action en tenant compte de tous les paramètres
environnementaux, sociaux, économiques, à longue
échéance, est certainement un premier pas dans la
bonne direction.
Aux Etats-Unis, un groupe de chercheurs, le Rocky Mountain Institute,
a acquis une sérieuse expérience en matière
de développement de moyens de production avec l’emploi
exclusif des énergies renouvelables.
Dans l’hypothèse d’un avenir situé non
plus en ligne droite dans la prolongation de notre passé
mais dans un tournant radical, quelle serait la nouvelle image
de notre paysage urbain ? Comment celui-ci évoluerait-il
étape après étape depuis aujourd’hui
jusque dans deux siècles ?
C’est
pour répondre à cette question que j’ai choisi
le site de Laeken au nord de Bruxelles, pour la grande diversité
de ses zones d’activités et de ses voies de communication
: route, train, canal.
La vue aérienne comprend une large avenue débouchant
sur l’église de Laeken . Au lointain, l ‘ Atomium,
point de repère internationalement connu, émerge
entre les arbres. L’avant-plan montre le square Jules de
Trooz entouré d’immeubles de logement.
Les deux premières perspectives pour les périodes
de 1800 et 1900 ont été recomposées à
partir de centaines de documents d’époque afin de
donner une image réaliste du passé. Le dessin de
la période actuelle a été établi sur
base de plusieurs photos aériennes.
Les projections dans le futur, orientées vers un développement
écologique, prennent toutes modèle sur des environnements
naturels. A l’intérieur des collines, rochers et
falaises, on trouve des habitations articulées autour des
voies de communication.
Par un examen attentif, on peut découvrir comment s’installent
progressivement, sur les nouvelles toitures des maisons, des jardins
promenade tout en préservant des ensembles de maisons de
type 19ème siècle.
Le canal, au fil du temps, devient un lieu de plus en plus ludique
pour finalement être couvert par une vaste structure transparente
chauffée par le soleil . Sous cette fine membrane passe
régulièrement une grande vague qui fait la joie
des surfeurs et autres véliplanchistes. De part et d’autre
du canal, des plages sont aménagées le long de l’eau,
elles sont entrecoupées de plantations exotiques adaptées
au climat chaud et peu humide de cette longue et vaste serre.
L’urbanisme de la ville est resté bien ancré
dans un modèle de développement ancestral avec ses
maisons mitoyennes bordant les rues. Cette configuration classique
a permis une évolution lente du patrimoine construit sans
pour autant devoir détruire les constructions les plus
anciennes.
Les modes de déplacement ont subi des bouleversements plus
radicaux. La mise au point d’une petite city-car révolutionnaire
pour les liaisons interurbaines et de courtes distances, a été
le premier pas vers une autre conception du transport de passagers.
D’un poids total n’excédant pas la centaine
de kilos, ces voiturettes sont construites à partir de
structures dérivées de bambous avec leurs tiges
et leurs feuilles tissées et renforcées par une
résine protectrice. La propulsion de ces véhicules
est assurée par la contribution de tout un ensemble d’énergies
renouvelables, à commencer par l’énergie solaire
produisant de l’électricité. Celle-ci est
stockée dans des bio-piles situées à l’intérieur
de la structure des bambous. Ces piles sont aussi alimentées
dans une moindre mesure par l’électricité
statique et par la récupération de l’énergie
du vent. Chaque véhicule est équipé d’un
pédalier et de propulseur manuel pour fournir facultativement
et suivant les possibilités de chacun une énergie
complémentaire. Les engins sont guidés automatiquement
sur un rail central. Libre à chacun de rentrer dans un
couloir et d’en sortir pour en rejoindre un autre. Le faible
poids de ce véhicule était un handicap majeur au
milieu d’une circulation automobile lourde. Pour des raisons
de sécurité, les urbanistes ont commencé
par diviser les couloirs de circulation en 2 catégories
suivant leur poids. Ce système transitoire sera abandonné
à brève échéance, vu le désintérêt
des automobilistes pour les véhicules lourds, très
onéreux, polluants et vite considérés comme
anti sociaux.
Le transport de marchandises va suivre une voie différente.
Placées dans des containers de tailles variables et reliés
entre eux en grands chapelets, ceux-ci se déplacent sur
toutes sortes de voies navigables adaptées et formant un
nouveau réseau avec embranchements et aiguillages vers
des vastes zones de stockage et de tri… Des containers de
petite taille transiteront à l’intérieur des
villes par l’ancien réseau d’égout complètement
réaménagé dans cette perspective. Pour ce
faire, le système d’égouttage des eaux usées
a été supprimé. Chaque maison doit obligatoirement
posséder une mini station d’épuration et recycler
non seulement l’eau mais la grande majorité de ses
ordures devenues source d’énergie.
Le transport de personnes sur de plus grandes distances se réalise
de deux façons différentes : les dirigeables assurent
la plus grande partie des liaisons, mais comme ils sont tributaires
des vents et que ceux-ci ne correspondent pas toujours à
la destination souhaitée, il s’avère parfois
nécessaire de se rabattre sur des canaux navigables. Très
nombreux, ils servent surtout à la navigation de plaisance
et au transport de marchandises, mais dans les couloirs qui leur
sont strictement réservés. Mus par différents
moyens de propulsion, ces bateaux prennent généralement
leur énergie dans l’eau des canaux et dans les algues
qui les peuplent.